UNE BANALE FAMILLE AUTRICHIENNE

Compte tenu de la relative sécurité matérielle que la solde de fonctionnaire du père pouvait assurer à une famille de 4 enfants, l'enfance du jeune Adolf a été heureuse.

Il n'a manqué de rien et surtout pas d'affection maternelle de la part de Klara Hitler, une jeune femme au regard doux comme les Allemands de l'époque les préféraient et comme le montre la photo ci-contre. Klara Hitler Sa mère qui a perdu deux enfants en bas âge avant la naissance d'Adolf lui prodiguera l'affection et l'attachement possessifs qu'une mère dans cette situation manifestera souvent. Elle cherchera aussi sans doute à compenser la sévérité de son mari qui était sujet à des crises éthyliques et était porté plus que la norme de l'époque l'exigeait sur la bastonnade des enfants récalcitrants.

Selon sa soeur Paula, Adolf était du genre enfant terrible, dans le sens où il était vraisemblablement gâté par sa mère et se croyait ainsi autorisé à tenir tête à Alois qui ne supportait ni la contradiction et encore moins la rébellion. Soeur à part entière d'Adolf, Paula, née en 1896, deviendra une assez jolie jeune femme , mais elle n'aura jamais des relations très suivies avec son frère qu'elle qualifiera, après la guerre, de "petit voyou arrogant et mal fagotté". Toutefois, en 1945, elle déclara à l'officier allié de renseignements qui l'interrogeait qu'elle avait toujours aimé son frère et qu'elle ne croyait pas un seul mot des atrocités répandues sur son compte. Elle mourra en 1960 dans l'oubli général sans enfants.

Certains observateurs la diront simple d'esprit. Peut-être que son QI n'était tout simplement pas au niveau des exigences des historiens.

En tout cas, les bastonnades semblent avoir été fréquentes ce qui n'empêchera pas Hitler de parler de son père comme du "cher vieil homme" dans Mein Kampf et dire qu'il l'aimait. La brutalité de Alois Sr. souvent mentionnée par les historiens est un mythe à en croire son demi-frère Alois et sa soeur Paula. Alois Sr. n'était ni plus ni moins sévère que la moyenne des pères de la fin du XIXème siècle. Mais une fois encore les témoignages des frère et soeur de Hitler ne répondent pas aux attentes des historiens. Il n'y a rien de pire qu'un historien qui décide qu'un témoignage n'est pas "relevant".

En outre, certains exégètes hitlériens soulignent qu'Alois Jr, qui n'est que le demi frère d' Adolf, vivait très mal le traitement maternel préférentiel dont bénéficiaient Adolf et dans une certaine mesure Angela. Les souvenirs d'Alois, publiés en 1930, démentent totalement ces versions. Hitler, dira-t-il alors, était un garcon aimable, qui suivait son bonhomme de chemin sans trop se soucier d'autrui mais pouvait en même temps être très généreux. Il est agaçant de constater combien les historiens attachent peu d'importance aux propos de témoins "mineurs" s'ils contredisent leur point de vue sur le caractère des sujets qu'ils étudient.

Alors que Alois Sr. semble avoir manifesté un réel attachement à Alois Jr., un premier fils illégitimement conçu, et a toujours encouragé son désir de devenir ingénieur ou à tout le moins technicien, Klara l'en aurait dissuadé : elle l'aurait même persuadé qu'Alois Jr était un bon à rien et qu'il ferait mieux de garder son argent pour l'éducation de "Adi", ainsi qu'elle appelait Adolf.

Alois Jr. finira par se lasser de cette ambiance familiale biaisée en sa défaveur d'autant plus que son père l'expédiera comme apprenti serveur dans un restaurant qu'il fuira -après des démêlées avec la justice- pour se réfugier en Angleterre où il épousera une Irlandaise du nom de Bridget Dowling. En 1909, ils auront un fils nommé William Patrick et en 1913, il abandonnera femme et enfant pour retourner en Allemagne et ne s'occupera plus jamais d'eux. Selon William, Alois était un homme violent et alcoolique et William P. tâtera de la canne comme son père et son oncle Adolf.

Adolf ne mentionne jamais son demi-frère Alois dans "Mein Kampf" et n'a pratiquement pas eu de contacts avec lui durant ses années au pouvoir. Il mourra plus ou moins dans l'oubli général en 1956 : dans les années 50, il fit quelque argent en signant des photographies de son demi-frère. Alois était un homme médiocre et Hitler n'eut jamais la moindre sympathie pour lui.

Adolf avait également une demi-soeur, Angela, née en 1883, fille de l'union de Alois Sr. avec Franziska, mais on sait peu de choses de leurs relations enfantines. Elles semblent toutefois avoir été assez bonnes dans la mesure où, après la mort de sa mère en 1907, Adolf abandonna sa part de l'héritage au bénéfice d'Angela qui n'avait alors aucun moyen de subsistance. Angela épousera un fonctionnaire du nom de Raubal dont elle aura une fille, nommée Angelika mais qui ira avec le surnom de Geli. Veuve très vite mais femme énergique et équilibrée, elle viendra vivre à Munich en 1924 comme "gardienne et responsable" de la maison de son demi-frère qui a entamé une carrière politique et qui sort tout juste de prison.

Plus tard, elle prendra même la responsabilité de la gestion du nid d'aigle à Berchtesgaden jusqu'au jour où elle s'en fera proprement expulser par Adolf, rendu fou furieux par le fait qu'elle aurait cherché avec l'aide de Goering à acheter du terrain adjacent au nid d'aigle. Angela a eu egalement un garcon nommé Leo dont on sait peu de choses sinon qu'il ressemblait étrangement à son oncle : il vivait, dans les années 60, à Linz en Autriche, terre d'élection de la famille Hitler. Il a toujours détesté Adolf et l'a tenu responsable de la mort de sa soeur Geli. Il combattit sur le front russe, fut fait prisionnier à Stalingrad et passa 15 ans comme prisonnier de guerre avant d'être relâché sur intervention directe de Adenauer.

Adolf aura un autre frère, nommé Edmond, qui mourra à l'age de 3 ans en 1900. Paula vivra toute sa vie modestement sans se marier en dépit d'une apparence svelte et attractive. Sans doute fut-elle trop simple pour attirer l'attention. Son interrogatoire par les Alliés à la fin de la guerre ne révéla pas en effet de fortes qualités intellectuelles, mais une fois encore, considérée comme un témoin "mineur", elle n'a sans doute pas fait l'objet de toute l'attention méritée. Au cours de cet interrogatoire, elle a comparé Adolf à un "petit chenapan toujours mal fagotté" que les bastonnades ne pouvaient amender. Elle le décrivit alors comme un élève moyen peu doué en mathématiques et qui rentrait toujours en retard de l'école en dépit des corrections que cela lui valait.

Les Américains la questionnèrent quelque temps avant de la relâcher, convaincus qu'ils furent qu'elle ne présentait aucun danger et n'avait pas pu exercer un rôle quelconque dans la tragédie nazie. Contrainte par son frère à porter le nom de Wolf, Paula n'a pas pour autnat été oubliée de son frère qui a toujours généreusement pourvu à ses besoins. Durant les Jeux Olympiques de Munich, Adolf lui enjoignit d'adopter un profil bas et de changer de nom pour "Wolf". Ils se virent peu par la suite mais, selon Paula, les relations restèrent toujours cordiales. Après la guerre, Paula retourna à Vienne où elle trouva de petits boulots dans des boutiques d'art et en 1952 elle s'établit à Berchtesgaden où elle vivra en réclusion jusqu'à sa mort en 1960. c'était une gentille fille qui eut le malheur d'avoir un frère nommé Adolf.

Les succès scolaires de Hitler furent médiocres. Il semblait briller essentiellement dans les matières qui demandaient peu de réflexion ou de concentration, comme le dessin dont il sera "le meilleur élève" à la Realschule (Ecole technique primaire) de Linz et la gymnastique. LE PETIT CONNARD A DROITE SUR LE DERNIER RANG, DEVINEZ QUI C'EST? a cependant eu une passion pour l'histoire dès la Realschule dont le professeur d'Histoire, le Dr Leopold Poetsch personnifiait de manière idéale "le drame de la séparation de l'Allemagne et de l'Autriche" (in Mein Kampf). Il était en effet un fanatique pan-germaniste et ses vues ne pouvaient qu'enthousiasmer le jeune Adolf.

Toutefois, jusqu'en 1900, date de la mort de son jeune frère Edmond, Hitler est un enfant plutôt appliqué, même dans les disciplines difficiles. A une époque, il voulut même devenir abbé et entra comme élève au monastère bénédictin de Lamback mais il en fut expulsé pour avoir fumé en cachette dans les jardins ce qui laisse supposer plus de velléites que de réelle détermination et de foi. Hitler aurait été plus intéressé à lire des livres pendant les cours qu'à suivre le cours lui même et montrait une propension irritante à vouloir jouer aux cowboys et aux indiens et à être toujours le chef.

Un de ses carnets scolaires mentionne une appréciation "en dessous de la moyenne" pour 3 disciplines sur 12, "correcte" pour 4 sur 12, "irréguliere" pour 1, "très insuffisante" pour 1, "bonne" pour 1 (dessin), "très satisfaisante" pour 1 (moralité, sic) et :"excellente" pour 1 (sport). En 1900, année de la mort de son jeune frère, il entre en "Realschule" à Linz mais ses performances sont limitées et il doit redoubler. Jusqu'en 1903, date de la mort de son père, il a des succès scolaires très inégaux et en 1904 il entre dans une école plus facile à Steyr, après avoir été expulsé de l'école de Linz pour "sittlichkeitsvergehen" (conduite immorale).

Dans MK, Hitler expliquera que le refus de son père de le laisser s'orienter vers une carrière artistique le plongea dans une attitude de rejet de l'école et de l'étude. Une auto-justification douteuse et une attitude en tout cas qu'il aura l'occasion de regretter toute sa vie. En tout cas, cette expulsion le poursuivra car c'est à cause d'elle qui ne pourra intégrer l'Ecole d'Architecture de Vienne quelques années plus tard. En 1905, il est victime d'une sorte de primo-infection des poumons et cesse tout bonnement d'aller a l'école. Sa mère acceptera ensuite qu'il suive les cours d'une école de dessin à Munich -qu'il présentera dans Mein Kampf comme "l'académie"- où il sera heureux, comme dans un "rêve". Mais en 1907, Klara meurt et le rêve prend fin. Il doit quitter "l'académie" et repart pour Vienne.

La réalité est sans doute que Adolf disposait de certains talents artistiques peu encouragés par son père qui -dans l'esprit du temps et d'un fonctionnaire subalterne assez borné- étaient assimilés au désir de mener une vie de bohême, de luxure, de débauche et de gaspillage. " Artiste-peintre, non, jamais de la vie!", répondra-t-il à son fils qui lui fait part de ses intentions. A moins que le sévère Alois Sr. ait jugé son fils pour ce qu'il était : un velléitaire trop ambitieux "for his own good" et peu capable d'endurer la réalité de la vie d'artiste.

Dans le livre publié en 1930, Alois Jr. démentira ces affirmations et soulignera qu'au contraire Klara et Alois Sr. encouragerent Hitler à "devenir un artiste si c'était réellement sa vocation et firent tout ce qui était en leurs moyens pour l'y aider." Qui croire Adolf ou Alois ? La question est d'importance car tant de choses ont été déduites de cette vocation soi-disant contrariée. On peut penser que la vérité est entre les deux comme toujours : après tout, Alois Jr. quitte le toit personnel à 13 ans et ses souvenirs de la vie familiale peuvent être sujets à caution. Néanmoins, il se peut aussi que Alois Sr. n'ait pas opposé à la vocation de son fils Adolf la violente hostilité que tous les historiens se plaisent à décrire. Elle explique tant de mystères et d'actes ultérieurs, un peu comme la soi-disant homosexualité refoulée et ses soi-disant origines juives.

A bien des égards, le jeune Adolf apparait comme un enfant gâté et peut être contesté dans ses aspirations artistiques mais pas réellement rejeté. Il n'y a pas là une voie royale vers le déséquilbre et la schizophrénie. Adolf Hitler n'a pas été un enfant ou un adolescent très heureux mais seulement dans la mesure où il est un être instable, dissipé, nonchalant, donneur de lecons. Bref, la carbon-copie de milliers de jeunes gens qui végètent en classe et parfois toute leur vie. Il aura tendance à se réfugier dans l'imaginaire et dès son plus jeune âge assommera ses collègues de discours sur ses conceptions du monde et sur ses immenses possibilités. Le qualificatif de "frimeur" est certainement le plus approprié à définir ce qu'a été le jeune Adolf.

Cet aspect "frimeur" était-il dans la nature la plus profonde du garçon ou a-t-il été encouragé par le refus paternel de discerner chez lui de réelles qualités artistiques ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question. Pour ma part, je pense que Hitler était de la race des frimeurs, des velléitaires, des ambitieux qui craquent à la première contrariété. Quatre ans de guerre le rendront fou et transformeront ces traits de caractère en monstruosités pathologiques.

En tout cas, après la mort de sa mère, il est désespéré et la vie matérielle s'annonce difficile et c'est malheureusement, dans ce contexte, que l'establishment artistico-pédagogique de Vienne lui dénie tout talent et refuse de l'intégrer dans l'académie des beaux arts ce qui semble donner raison aux réticences paternelles, sans pour autant les justifier.

D'aucuns ont prétendu, notamment des psychologues, que Hitler aurait subi avec ce rejet de l'académie des beaux arts l'ultime coup bas du destin dans la mesure où il dit lui même dans "Mein Kampf" qu'il était "sûr de réussir". C'est très vraisemblable. Hitler a connu ce jour-là la plus cruelle déception de son existence : "J'ai douté de moi-même pour la première fois de ma vie", dira-t-il dans MK. Effectivement, ce jeune homme gâté et peu réaliste n'avait jusqu'ici jamais douté de rien. Tous ses rêves s'effondrent. Il va tenter de les reporter sur une éventuelle carrière architecturale mais là encore il connaitra une terrible déception. Tous ceux qui ont connu un sérieux échec dans leur jeunesse savent à quel point cela peut être dommageable pour l'équilibre, la confiance en soi et le regard qu'on porte sur le monde.

Cet échec concomittent à la perte de l'être aimé qui l'a toujours défendu, compris, et soutenu, va être la porte qui se ferme sur l'avenir qu'Adolf Hitler avait toujours rêvé pour lui même. Une porte se ferme aussi sur son passé et elle ne s'ouvrira que brièvement et partiellement pour la rédaction de "Mein Kampf" en prison 16 ans plus tard. Entre temps, le jeune Adolf aura vegété de longues années dans la Vienne "décadente, incestueuse, enjuivée et bourgeoise" d'avant-guerre, croupi dans les tranchées de la Grande Guerre, été gazé et mis en prison pour tentative de putsch.

L'homme qui sortira de cet ensemble d'évènements ne porte plus grande ressemblance avec le "chenapan mal fagotté et querelleur" mais il n'a pas oublié une enfance qui semble l'avoir marqué au-delà de ce qu'il est raisonnable d'attendre chez un enfant, notamment d'un enfant de cette époque bien plus dure et sévère que celle de notre siècle permissif et tolérant.

Au point qu'on peut être amené à se demander si Adolf Hitler n'était pas qu'un raté de grande envergure qui n'a pas su se contenter de n'être qu'un artiste de second rang auquel il manquait des années de formation. Il le reconnaitra dans MK mais en tirera la conclusion que la providence lui a montré la voie : celle de la politique. Les autobiographies ne sont jamais que des tentatives de justification.

Après tout, Art et politique répondent aux mêmes critères, tout y est une question de subjectivité, de préjugés, de projections et de protections. Hélas Hitler n'était pas le Monet ou le Manet de l'Allemagne ni même le Monet de la politique, tout au plus un faussaire de génie doué pour les beaux discours et convaincu des vertus de la propagande. En bref, un fossoyeur de grande classe des illusions d'une génération.

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