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LE TALENT ARTISTIQUE DE HITLER : MYTHE OU REALITE |
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Il est de bon ton depuis 1945 de parler d'Adolf Hitler comme d'un ex-peintre en bâtiment ou d'un artiste raté. L'homme responsable de l' extermination de populations entières ne peut être décrit que comme un minable, un pervers, un homosexuel, un raté, un aigri, parfois même par ceux-là même qui l'avaient encensé avant la guerre. Aujourd'hui, le tabou demeure. toutefois, la question se pose : Hitler avait-il du talent ?
"Ce n'est pas mauvais", comme on disait dans mon enfance dans les familles bourgeoises à ceux qui se piquaient, tel Adolf Hitler, de devenir artiste. Ce qui voulait dire :"Ce n'est pas vraiment bon mais il ne faut pas le décourager." J'imagine que Papa Hitler avait les mêmes réticences et a émis les memes précautions oratoires, quoique plus fermement, voire violemment. Car le jeune Adolf se piquait littéralement de dessin où il avait d'assez bonnes notes en classe et s'est toujours vu comme un futur grand artiste. Le problème #1 de Hitler est qu'il s'est toujours vu en train de réaliser de grandes choses. La question est de savoir si les ambitions peu encouragées par Papa et si le rejet de sa candidature à l'école des beaux-arts furent on non justifiées.
Autant essayer de résoudre la quadrature du cercle. Ses examinateurs ne furent pas impressionnés et soulignèrent que sa composition du deuxième jour notamment (le thème en était le déluge) manquait de têtes. Hitler reconnaitra lui même son peu de disposition à dessiner l'humain, partie qui demande de sérieuses notions de perspective et de dessin et n'est pas à la portée d'un autodidacte.
Il existe des centaines "d'oeuvres" de Hitler. En 1945, elles ont été saisies par l'armée US et sont bien gardées dans les archives fédérales américaines et dans les salles du U.S. Holocaust Memorial Museum sous la garde de leur curateur actuel Renée Klish qui est juive et avec qui il faut prendre rendez-vous pour pouvoir contempler les fameuses aquarelles. Quelques dizaines ont echappé à la curée fédérale et circulent dans le pays, notamment sur e-Bay, plus rarement sur BidNazi.
Billy Price, un homme d'affaires de Houston et collectionneur des oeuvres de Churchill, Eisenhower et Hitler, avait acquis jusqu' à 28 aquarelles et 5 dessins de Hitler dans les années 60 mais un fanatique anti-nazi tira un coup de feu dans son bureau pour protester contre l'esprit de ce collectionneur et le gars comprit le message illico presto. Il en a revendu la plupart après avoir vainement tenté d'organiser des expositions "Hitler" et s'être copieusement et injustement fait traité de neo-nazi. La valeur de sa collection était estimée à $4 millions mais nul ne sait ce qu'il a tiré de la vente de 24 de ses 28 pièces.
Tous ces collectionneurs n'ont jamais ressenti la moindre attirance pour les qualités de Hitler et sont bien plus motivés par le fait que ces oeuvres sont le fruit d'un des cerveaux les plus malades de l'histoire de l'humanité.
Même Hitler semble avoir douté de la qualité de ses oeuvres. Dans sa réponse à une interview écrite du journal culturel "Kunst dem Volke" de juin 1937, il estima que "le fait d'avoir peint des tableaux pour pouvoir survivre ne veut pas dire qu' ils sont maintenant dignes d'être exposés à la 'Haus der Deutschen
Kunst' (Maison de l'Art allemand)."
En tant qu'adolescent imprégné de tableaux romantiques, Hitler
avait subi l'influence non négligeable de l'aquarelliste autrichien Rudolf von Alt (1812-1905, aquarelle ci-dessus) et du peintre allemand Carl von Spitzweg (1808-1888). L' aquarelle ci-contre
Pour l'idéologue du parti nazi, Arthur Rosenberg, qui sera pendu en 1945, les aquarelles de Hilter "révèlent un talent naturel, un sens de l'essentiel et un don prononcé pour le dessin." Toutefois, il dira aussi que ses goûts en matière de peinture étaient typiquement petit-bourgeois ce que ses aquarelles montrent à satiété, voire jusqu'à l'écoeurement. On est loin des révoltes et des recherches du Cubisme que Hitler abohrre. En 1936, Hitler nommera Adolf Ziegler, un peintre médiocre mais fervent supporter nazi, président de la Chambre des Arts Visuels et il le restera jusqu'en 1943.
En 1937, Ziegler retirera des musées allemands plus de 5000 exemplaires de "l'art dégénéré" comprenant des oeuvres de Max Ernst, Franz Marc, Max Beckman, Emil Nolde, Oskar Kokoschka, George Grosz, Alexander Archipenko, Georges Braque, Marc Chagall, Giorgio de Chirico, Robert Delaunay, André Derain, Theo van Dösburg, James Ensor, Paul Gauguin, Vincent van Gogh, Albert Gleizes, Alexei Jawlensky, Fernand Léger, El Lissitzky, Franz Masereel, Henri Matisse, László Moholy-Nagy, Piet Mondrian, Edvard Munch, Pablo Picasso, Georges Rouault, Maurice Vlaminck et Kandinsky.
La même année, il organisa une exposition de l'art dégénéré qui attira 2 millions de visiteurs à Munich au grand chagrin de Hitler. L'année suivante, il organisera une Grande Exposition de l'Art Allemand qui aura un médiocre succès mais sera l'occasion toutefois de montrer au public que tout l'Art admis par les Nazis n'était pas médiocre. Les artistes qui ont composé pour et avec le régime pâtiront de cette forme de trahison qui rejaillit sur leurs oeuvres. En tout cas, lorsqu'on compare les "Compositions" de Kandinski, co-fondateur de l'art abstrait en 1911 à Munich
précisément (voir ci-contre "Composition No IV", 1911, les trois premières Compositions seront détruites pendant la guerre)
Mais du tempérament artistique du Fuhrer, il ne sera jamais question. Le seul véritable talent de Hitler estimera Rosenberg était le talent oratoire. Et Hitler en fera son outil d'accession au pouvoir. Selon Francois Delpla, auteur d'une récente biographie, "Hitler a lutté très tôt, dans sa vie artistique, contre l'excès d'imagination." Ne me faites pas rire, Mr Delpla, Hitler n'en avait aucune. C'était son problème.
Dépourvu d'imagination artistique, Hiter a préféré ne pas trop s'affranchir du réel, et il a fini par être pris d'une véritable panique devant les trouvailles plastiques du siècle débutant, qui faisaient vaciller les limites des objets comme celles de l'art même. Progressivement il s'est rallié à la conception d'un art politique et même
civique, pure exaltation de la race supérieure et de ses triomphes, dont la plus haute expression ne pouvait être que monumentale."
Le propos est à la fois juste et flatteur. Pour ma part, je me contenterai de dire que face a Kandinski et sa bande, Hitler se sentit dépassé, largué, ridiculisé et réduit à sa plus simple expression : celle d'un mauvais artiste peintre. En outre, l'expérience montre que ne se méfient des excès de l'imagination que les êtres qui en sont totalement dépourvus ou ceux qui peuvent en pâtir. Dans le cas de Hitler, le talent explosif des surréalistes le réduisait à néant. Il cherchera à les anéantir.
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