LE TALENT ARTISTIQUE DE HITLER : MYTHE OU REALITE

AQUARELLE DE HITLER
La meilleure preuve du maigre génie artistique de Hilter est la valeur atteinte par cette aquarelle de la Marienplatz à Munich en janvier 2003 à Londres : 3000 Livres. Son possesseur était une certaine Margarete Mayer. pour avoir une vue plus détaillée des aquarelles de Hitler, rendez vous sur cette page et sur celle-ci pour ses dessins.

Il est de bon ton depuis 1945 de parler d'Adolf Hitler comme d'un ex-peintre en bâtiment ou d'un artiste raté. L'homme responsable de l' extermination de populations entières ne peut être décrit que comme un minable, un pervers, un homosexuel, un raté, un aigri, parfois même par ceux-là même qui l'avaient encensé avant la guerre. Aujourd'hui, le tabou demeure. toutefois, la question se pose : Hitler avait-il du talent ?

Rudolf von Alt, peintre autrichien mort en 1905 eut une grande influence sur Hitler. On peut le comprendre en contemplant cette aquarelle de Monreale au dessus de Palerme (Sicile).

Peu de personnes se risquent à dire que le jeune Adolf avait vraiment du talent, d'abord parceque pratiquement personne a pris la peine de consulter ce qui reste de ses "oeuvres", ensuite parceque personne ne veut s'attirer des ennuis ou la vindicte de ceux qui ont souffert du nazisme et qui voient dans toute tentative de réhabilitation de certaines qualités ou talents chez Hitler une volonté politique déguisée de réhabiliter le Nazisme lui même. Même s'il en était bourré, ce n'est pas demain la veille qu'on pourra chanter les mérites artistiques de Hitler.


Toutefois, cela n'interdit pas d'essayer de recueillir certains éléments de jugement et de rapporter des commentaires contemporains de Hitler ou des faits dignes de foi. Ils sont assez nombreux et c'est assez curieux qu'ils ne soient pas davantage connus du public. Tout d'abord, n'importe quel individu doté d'un minimum de culture et de background artistique est en mesure d'estimer, à la vue des aquarelles connues de Hitler, qu'elles ne sont pas denuées d'un "certain talent", bien qu'il s'en dégage imperceptiblement une mièvrerie tout aussi évidente.

"Ce n'est pas mauvais", comme on disait dans mon enfance dans les familles bourgeoises à ceux qui se piquaient, tel Adolf Hitler, de devenir artiste. Ce qui voulait dire :"Ce n'est pas vraiment bon mais il ne faut pas le décourager." J'imagine que Papa Hitler avait les mêmes réticences et a émis les memes précautions oratoires, quoique plus fermement, voire violemment. Car le jeune Adolf se piquait littéralement de dessin où il avait d'assez bonnes notes en classe et s'est toujours vu comme un futur grand artiste. Le problème #1 de Hitler est qu'il s'est toujours vu en train de réaliser de grandes choses. La question est de savoir si les ambitions peu encouragées par Papa et si le rejet de sa candidature à l'école des beaux-arts furent on non justifiées.

Et que penser de cette esquisse du corps de sa maitresse Geli, sinon que c'est d'une grande médiocrité.

Autant essayer de résoudre la quadrature du cercle. Ses examinateurs ne furent pas impressionnés et soulignèrent que sa composition du deuxième jour notamment (le thème en était le déluge) manquait de têtes. Hitler reconnaitra lui même son peu de disposition à dessiner l'humain, partie qui demande de sérieuses notions de perspective et de dessin et n'est pas à la portée d'un autodidacte.


S'il avait été plus encouragé par Alois Sr., peut- être le jeune Adolf eut-il mieux travaillé dans la "Realschule" de Linz et accumulé les certificats qui lui auraient ouvert la route de l'architecture. Avec des "si", on refait la vie de Hitler et on re-écrit celle du XXème siècle. Il vaut mieux essayer de juger sur pièces et sur témoignages.

Il existe des centaines "d'oeuvres" de Hitler. En 1945, elles ont été saisies par l'armée US et sont bien gardées dans les archives fédérales américaines et dans les salles du U.S. Holocaust Memorial Museum sous la garde de leur curateur actuel Renée Klish qui est juive et avec qui il faut prendre rendez-vous pour pouvoir contempler les fameuses aquarelles. Quelques dizaines ont echappé à la curée fédérale et circulent dans le pays, notamment sur e-Bay, plus rarement sur BidNazi.

Billy Price, un homme d'affaires de Houston et collectionneur des oeuvres de Churchill, Eisenhower et Hitler, avait acquis jusqu' à 28 aquarelles et 5 dessins de Hitler dans les années 60 mais un fanatique anti-nazi tira un coup de feu dans son bureau pour protester contre l'esprit de ce collectionneur et le gars comprit le message illico presto. Il en a revendu la plupart après avoir vainement tenté d'organiser des expositions "Hitler" et s'être copieusement et injustement fait traité de neo-nazi. La valeur de sa collection était estimée à $4 millions mais nul ne sait ce qu'il a tiré de la vente de 24 de ses 28 pièces.


Selon Charles Snyder, un major de l'US Air Force aujourd'hui en retraite qui est désormais antiquaire et a acquis jusqu'à 40 oeuvres de Hitler : "People and animals are out of proportion, poorly articulated, and vastly out of scale with the backgrounds. Figures are rendered with wanton disregard for anatomy or accurate animation." Il possède encore une huile d'Adolf dont il voulait en 2002 quelque 35.000 US $ et souligne que la demande pour les oeuvres de Hitler reste très forte, bien plus forte que celle des oeuvres de Churchill ou de Eisenhower qui avaient tous deux un talent certain.

Tous ces collectionneurs n'ont jamais ressenti la moindre attirance pour les qualités de Hitler et sont bien plus motivés par le fait que ces oeuvres sont le fruit d'un des cerveaux les plus malades de l'histoire de l'humanité.

"Nus" par Adolf Ziegler, un des peintres favoris du Fuhrer. Une grande oeuvre assurément. Hitler nommera Ziegler président directeur de la Chambre des Arts ce qui en dit long sur les goûts et les vues artistiques du Chancelier.

Même Hitler semble avoir douté de la qualité de ses oeuvres. Dans sa réponse à une interview écrite du journal culturel "Kunst dem Volke" de juin 1937, il estima que "le fait d'avoir peint des tableaux pour pouvoir survivre ne veut pas dire qu' ils sont maintenant dignes d'être exposés à la 'Haus der Deutschen Kunst' (Maison de l'Art allemand)."

Ci-contre une aquarelle de Rudolf von Alt et une de Adolf Hitler, les amateurs compareront avec profit.

En tant qu'adolescent imprégné de tableaux romantiques, Hitler avait subi l'influence non négligeable de l'aquarelliste autrichien Rudolf von Alt (1812-1905, aquarelle ci-dessus) et du peintre allemand Carl von Spitzweg (1808-1888). L' aquarelle ci-contre de Hitler ne confirme pas que l'influence se soit traduite dans les oeuvres du fan mais celle ci-dessous est correcte dans les dimensions et la perspective, alors que le principal reproche fait à Hitler était de n'avoir aucun sens de la profondeur. Toutefois, ses premières oeuvrs n'ont plus grande ressemblance avec celles qu'il peindra juste avant la Grande Guerre qui montrent un meilleur sens des couleurs et d'indéniables progrès.

Pour l'idéologue du parti nazi, Arthur Rosenberg, qui sera pendu en 1945, les aquarelles de Hilter "révèlent un talent naturel, un sens de l'essentiel et un don prononcé pour le dessin." Toutefois, il dira aussi que ses goûts en matière de peinture étaient typiquement petit-bourgeois ce que ses aquarelles montrent à satiété, voire jusqu'à l'écoeurement. On est loin des révoltes et des recherches du Cubisme que Hitler abohrre. En 1936, Hitler nommera Adolf Ziegler, un peintre médiocre mais fervent supporter nazi, président de la Chambre des Arts Visuels et il le restera jusqu'en 1943.


En 1937, Ziegler retirera des musées allemands plus de 5000 exemplaires de "l'art dégénéré" comprenant des oeuvres de Max Ernst, Franz Marc, Max Beckman, Emil Nolde, Oskar Kokoschka, George Grosz, Alexander Archipenko, Georges Braque, Marc Chagall, Giorgio de Chirico, Robert Delaunay, André Derain, Theo van Dösburg, James Ensor, Paul Gauguin, Vincent van Gogh, Albert Gleizes, Alexei Jawlensky, Fernand Léger, El Lissitzky, Franz Masereel, Henri Matisse, László Moholy-Nagy, Piet Mondrian, Edvard Munch, Pablo Picasso, Georges Rouault, Maurice Vlaminck et Kandinsky.

La même année, il organisa une exposition de l'art dégénéré qui attira 2 millions de visiteurs à Munich au grand chagrin de Hitler. L'année suivante, il organisera une Grande Exposition de l'Art Allemand qui aura un médiocre succès mais sera l'occasion toutefois de montrer au public que tout l'Art admis par les Nazis n'était pas médiocre. Les artistes qui ont composé pour et avec le régime pâtiront de cette forme de trahison qui rejaillit sur leurs oeuvres.

En tout cas, lorsqu'on compare les "Compositions" de Kandinski, co-fondateur de l'art abstrait en 1911 à Munich précisément (voir ci-contre "Composition No IV", 1911, les trois premières Compositions seront détruites pendant la guerre) à celles de Adolf Hitler qui galère à la même époque à Vienne, on ne peut qu'être frappé par la différence d'envergure, de vision, d'ambition et de talent créatifs. On ne m'enlèvera pas de l'idée que le futur Führer, confronté au génie débordant de Kandinski et de sa bande d'artistes abstraits, a éprouvé une envie, une jalousie débordantes proches de la haine et susceptibles d'expliquer bien des bassesses qui suivirent.


Le lecteur qui veut s'en convaincre se fera aisément une plus large idée de la valeur de Hitler comme peintre en se rendant à la page "Oeuvres" où sont rassemblées plusieurs aquarelles de l'artiste maudit. Il en émane la manifestation d'un petit talent, rien de génial, rien de révolutionnaire, rien de nouveau surtout. Tout cela ne casse pas trois pattes à un canard. L'exposition de 1937 sur L'Art dégénéré pourrait bien avoir été un règlement de comptes de Ziegler et Hitler, artistes médiocres sinon nuls, dépassés par la concurrence, vis a vis d'artistes vraiment doués, "successful" et adulés du public.
A Nuremberg, Arthur Rosenberg qui était un fanatique de grande envergure et dont le jugement est sujet à caution dira :"Hitler était un homme de grande foi dans sa mission et dans son peuple, d'une ténacité capable de renverser tous les obstacles, doté d'un don pour la simplification, à bien des égards doué de la puissance créatrice d'un génie, muni d'une volonté de fer et habité par une passion débordante, sujet à des explosions affectives soudaines, capable de s'enivrer grâce à des shows spectaculaires et de surestimer les possibilités de politique intérieure à travers leurs conséquences exterieures."

Mais du tempérament artistique du Fuhrer, il ne sera jamais question. Le seul véritable talent de Hitler estimera Rosenberg était le talent oratoire. Et Hitler en fera son outil d'accession au pouvoir. Selon Francois Delpla, auteur d'une récente biographie, "Hitler a lutté très tôt, dans sa vie artistique, contre l'excès d'imagination." Ne me faites pas rire, Mr Delpla, Hitler n'en avait aucune. C'était son problème. Le seul art que Hitler comprenait : l'art nazi dont voici un attristant exemple

Dépourvu d'imagination artistique, Hiter a préféré ne pas trop s'affranchir du réel, et il a fini par être pris d'une véritable panique devant les trouvailles plastiques du siècle débutant, qui faisaient vaciller les limites des objets comme celles de l'art même. Progressivement il s'est rallié à la conception d'un art politique et même civique, pure exaltation de la race supérieure et de ses triomphes, dont la plus haute expression ne pouvait être que monumentale."

Le propos est à la fois juste et flatteur. Pour ma part, je me contenterai de dire que face a Kandinski et sa bande, Hitler se sentit dépassé, largué, ridiculisé et réduit à sa plus simple expression : celle d'un mauvais artiste peintre. En outre, l'expérience montre que ne se méfient des excès de l'imagination que les êtres qui en sont totalement dépourvus ou ceux qui peuvent en pâtir. Dans le cas de Hitler, le talent explosif des surréalistes le réduisait à néant. Il cherchera à les anéantir.