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UN MAITRE ESPION, DENONCIATEUR ET OBEISSANT
Adolf Hitler a toujours été un sale garnement. Enfant gâté, têtu, indiscipliné, il n'en faisait qu'à sa tête et a encouru aussi bien les foudres paternelles que le blâme de ses professeurs qui soulignaient son inconstance, son manque de discipline et sa tendance à refuser tout effort. Cela ne vous prédispose pas à devenir un tyran fou furieux et maladif mais ne fait pas de vous non plus un homme capable de s'insérer et s'épanouir dans le monde tel qu'il est.
Le probème de Hitler est un probème d'adaptation aux autres et au monde : jeune, il le rejettera de la façon dont les enfants rejettent le monde, par une attitude faite à la fois de défi et de fuite. Solitaire, rêveur, cabochard, Hitler avait certaines des qualités des vrais artistes. Certaines seulement. Il lui manquait la détermination, le talent, l'amour du travail et la patience. La seule vraie caractéristique de l'artiste qu'il possédait fut la conviction qu'il était extrêmement doué ce qui n'était hélas pour la suite des évênements pas vrai.
Son inadaptation sautera aux yeux de son ami Kubitzek avec qui il vivra à Vienne dans sa période de galère mais le brave Kubizek n'en tirera pas des enseignements suffisants pour décréter que son ami était fou. Il sera choqué toutefois par l'intolérance d'Adolf qui ne supporte personne autour de Kubizek : jaloux, possessif, envieux de toute autre amitié que la sienne qu'il perçoit comme une menace, Hitler ne concoit pas d'autre centre d'intérêt pour son ami que... Hitler. Il ira même jusqu'à l'écrire de façon assez peu équivoque.
Avec le recul, il est évident que, pour Hitler, les choses se ramenaient à une simple équation : on est avec lui ou contre lui. De là sans doute, son manque d'intérêt pour la gent féminine : Hitler avait peur d'être trahi avant même de commencer ses approches.
En outre, s'il était mono-couillard - comme l'ont révélé les rapports d'autopsie faits sur son cadavre plus ou moins carbonisé et exhumé du jardin de la Chancellerie en mai 1945 par le Généralissime Jukov, il est possible que cette affliction l'ait détourné des femmes par peur du ridicule. Dans l'Europe machiste du début du XXème, cela peut se comprendre.
Le manque d'intérêt de Hitler pour les femmes ne s'explique pas seulement par sa peur des maladies vénériennes et sa phobie des microbes. C'est un ensemble de choses. Exclu, ou plutot auto-exclu des plaisirs de la chair, le jeune Adolf n'a cessé de tourner et retourner dans sa tête des idées bizarres alimentées par ses phobies et ses goûts : pendant ses années viennoises, Adolf ne fait pas grand chose sinon lire les journaux, aller au concert et discuter à perte de vue avec ses compagnons de misère. Ce qui a manqué à Hitler, avancent certains exégètes du nazisme, c'est un maitre à penser, formateur, exigeant, bref un modèle à suivre : on peut en douter.
Hitler a été inspiré par des hommes comme le maire de Vienne, un anti-sémite notoire, mais n'était pas de la trempe de ceux qui acceptent l'enseignement d'un maitre. Il avait une trop haute opinion de lui-même pour cela.
Ce qu'il faisait, c'était picorer ici et là les idées et les faits qui lui convenaient pour les assembler dans un "corps de pensée" de sa sauce et dont il fera la Bible hitlérienne, après la guerre, sous le nom prétentieux de "Mein Kampf" (écrit en prison en 1923/24). Pour un homme qui n'avait jusqu'alors
pratiquement jamais fait de politique et qui n'était âgé que de 35 ans, c'était d'une présomption rare, voire totalement ridicule et déplacée. Qu'à cela ne tienne, depuis 1919, Hitler a trempé dans la politique et sait qu'il est doté du pouvoir de conviction quand il se met à parler et surtout à dénoncer ses camarades de guerre, attirés par les sirènes communistes (à l'époque, tout homme de Gauche - voire tout social-démocrate- était un "Communiste").
A la fin de la guerre en effet, Hitler est toujours incorporé et reçoit l'ordre de se présenter au bataillon auxiliaire de son régiment bavarois à Munich. En route, il traverse Berlin alors aux mains du Comité Exécutif des Conseils d'ouvriers et de soldats (Soviets) qui a promulgué d'importantes réformes sociales : journée de 8 heures, droit syndical, augmentation des allocations familiales et de vieillesse, abolition de la censure, libération des prisonniers politiques.
Hitler approuve ces réformes mais se méfie des "révolutionnaires" qui en sont le moteur. Pour lui, le Comité est un ramassis de bolcheviks qui trahit les soldats du front. Et quand il arrive dans la caserne de la Turkenstrasse à Munich, il y retrouve le même esprit frondeur et rebelle. La discipline y est inexistante, l'endroit est une vraie pétaudière. Pire : on n'y a aucune considération pour les soldats du front (comme lui). "Toute leur conduite me répugnait", écrira-t-il, "et je décidai de repartir sur le champ."
Il fut ensuite affecté à la surveillance d'un camp de prisonniers à 90 km de Munich (Traustein) et c'est là
que son destin de minable petit peintre et de soldat de 1ère classe va se trouver transformé. Pour éliminer de ses rangs l'influence communiste, la Reichswehr créa un bureau d'enquête sur les activités politiques "subversives" des troupes et de noyautage des organisations ouvrières. Au nombre des recrues chargées de ces basses besognes figura le cabot-chef A.Hitler qui commençait à reprendre à son compte les arguments des anti-sémites rendant les Juifs responsables de l'effondrement de l'Allemagne. Partout où il regardait, Hitler voyait des Juifs au pouvoir : Eisner à Munich, Rosa Luxembourg à Berlin, Bela Kun à Budapest, Trostzky, Zinoviev and Kamenev à Moscou.
Imaginez Hitler jouflu et ayant gardé le premier nom de son père et les foules au délire auraient crié :"Heil Schikelgruber !!!". Ne riez pas !!
Ce nouveau job l'enchanta : il reçut une formation spéciale donnée par l'instructeur Karl Alexander von MÜller, un conservateur aux idées d'extrême Droite, qu'il apprécia beaucoup et vice versa. Un jour, MÜller demanda à Hitler de donner des cours de propagande anti-marxiste dans un régiment de Munich. Hitler accepta et découvrit ainsi qu'il "savait parler". Toutefois, bien des hommes qui l'approchèrent à cette époque ne le considéraient jamais que comme un sale espion. L'un d'eux, un certain Herr Thiele, l'approcha et de but en blanc lui demanda :"Dites moi, est ce que par hasard on n'aurait pas chié dans votre cerveau en oubliant de tirer la chasse ?". Hitler tourna les talons sans un mot.
En juillet 1919, quelques jours après la signature du Traité de Versailles, le capitaine du régiment l'envoya en mission spéciale dans un camp de passage pour ex-prisonniers de guerre, revenus désanchantés et prêts à tomber dans l'hérésie marxiste. Baptisée "Détachement de Vérité", cette équipe
de propagandistes convaincus était chargée de transformer ces décus du Kaiser en patriotes antisocialistes.
Hitler sut proposer des cibles à leur haine et leurs frustations et fit merveille, selon ses supérieurs, en leur désignant la "honte versaillaise", les "criminels de novembre 1918", les auteurs du "complot judéo-marxiste." Hitler du jour au lendemain fut considéré comme un "orateur né".
Hitler détestait
les Français et les Juifs qu'il rendait responsables de tous les maux de l'Allemagne. Sur ce poster, un "sale juif" mendie d'une main, tient un fouet et une carte de la France "rouge" enjuivée et honnie sous le bras gauche (sic).
Quelques semaines plus tard, il fut chargé de collaborer à une enquête sur les organisations extrêmistes apparues depuis peu à Munich : il s'agissait purement et simplement de dénoncer les leaders, rapporter leurs propos et collaborer à une oeuvre assez monstrueuse de répression politique.
Que bien des hommes qu'il espionnait de la sorte aient été des soldats du front ne semble pas avoir posé de problème particulier à Hitler-le-mouchard.
Au cours d'une de ces missions de surveillance-dénonciation, il tomba sur une minuscule organisation politique inconnue, nommée le Parti des Ouvriers Allemands (Deutsche Arbeiter Partei), fondé par un certain Anton Drexler dont le programme était un fourre-tout fait de socialisme, de nationalisme et d'anti-sémitisme. A la fin de la réunion, Hitler prit la parole pour tomber à bras raccourcis sur l'orateur précédent qui venait de préconiser la séparation de la Bavière et de la Prusse. Hitler fut si convaincant que Drexler l'approcha et lui demanda de "revenir", non sans avoir glissé dans sa main un petit opuscule d'une quarantaine de pages. Quelque temps plus tard, il recut une lettre l'informant qu'il avait été accepté comme membre du DAP .
Peu impressioné toutefois par le parti et son organisation, Hitler hésita à rejoindre effectivement le DAP jusqu'au moment où son officier supérieur -sur les conseils du Général Ludendorff lui-même- lui ordonna d'adhérer au parti à l'encontre de toutes les règles militaires qui voulaient alors qu'aucun membre de la Reichswehr n'adhère à un parti politique. La motivation derrière cette infraction était la conviction d'hommes comme Ludendorff que le redressement de l'Allemagne ne pouvait être effectué qu'avec le concours de la classe ouvrière.
A l'automne 1919, Hitler s'inscrivit donc au DAP et reçut sa carte d'adhérent. Peu de temps après, il fut chargé de rédiger un rapport sur la menace juive. Il conclut sa pièce d'anthologie anti-sémite par la recommandation suivante :"le programme anti-sémite devrait débuter par des tentatives légales de priver les Juifs de certains privilèges, sous prétexte qu'ils constituent une race étrangère. Mais le but final doit être indiscutablement l'irrévocable Entfernung des Juifs."
En allemand, ce mot signifie "éloignement". Toute la question est de savoir si, dès 1919, Hitler pensait à "suppression" quand il employait le terme de "entfernung" ou s'il l'utilisait dans son sens littéral. Quoiqu'il en soit, son entrée en politique fut encouragée par l'armée elle-même et son aptitude à dénoncer et trahir cultivée par ses chefs militaires. Il est peu étonnant que quelques années plus tard, la Reichswehr prêtera serment de fidélité inconditionnelle à un homme qui avait si platement et servilement obéi à des ordres aussi éloignés de la légalité républicaine.
Et surtout qui, depuis 1918, n'était motivé que par la haine, le désir de revanche et une absence totale de compassion. La guerre avait fait de l'ambitieux artiste-peintre un peu névrotique un fou furieux dangereux et un monstre hystérique. On ne tardera que trop à s'en apercevoir.
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