L'EXALTATION DE LA FORCE PURE ET DES CORPS
OU L'APOLOGISTE DE CHOC FRAU RIEFENSTAHL
une Nazie non repentante
Leni Riefenstahl, un monstre. Mais sacré. Née le 22 août 1902 à Berlin, morte le 8 septembre 2003.
Leni Berta Helene Amalie Riefenstahl
fut successivement danseuse, actrice, cinéaste et photographe. Bien que son talent soit indéniable, il a été mis en premier lieu au service de la cause nazie, ensuite au service des corps, de la force brutale qui peut s'en échapper et au total d'une conception fasciste du monde et des rapports sociaux ce dont elle se défendait avec autant d'acharnement que de mauvaise foi.
La Riefenstahl était une dangereuse créature et son oeuvre restera comme le "Gloria in Excelsis Hitlero" ou le "Credo in Adolfo" du cinéma. Elle fut la propagandiste de choc et de talent de Hitler à travers une série de documentaires tournés avant la guerre. Elle se défendra d'avoir soutenu les programmes nazis, notamment l'Holocauste au motif qu'elle ne savait "rien de tout cela" (interview au NY Times en 1997). A-t-elle jamais cherché à savoir, personne n'a jamais eu l'estomac de le lui demander.
Fille d'un entrepreneur de plomberie, elle fit des études de danse à la Kunstakademie de Berlin et elle se produisit de 1923 à 1926 sur plusieurs scènes européennes. Sa renontre avec le cinéaste Arnodl Franck lui offrira ensuite l'occasion de se produire dans plusieurs films et de développer son amour pathologique de l'image et des beaux corps.
En 1931, elle créa sa propre société de productions de films Leni-Riefenstahl Produktion et l'année suivante, elle produisit et dirigea un film intitulé "Das blaue Licht" ("La lumière bleue"), un film romantique sans intérêt mais qui démontre ses qualités de metteur en scène et de montage.
En 1933, elle se rendit à un meeting de Hitler et elle fut -selon ses propres aveux- "électrifiée" :
elle prit contact avec l'idole qui, de fil en aiguille, lui demanda de réaliser le film d'un important rassemblement nazi qui devait prendre place prochainement à Nuremberg. Diffusé en 1934, ce film fut détruit pendant la guerre et Leni lui dénia toujours quelque quelque valeur artistique.Les gesticulations hitlériennes, prêtes au massacre, voilà ce qui "électrifiait" Leni Riefenstahl
Il montrait fort bien toutefois la force brutale des premiers rassemblements de la SA, leur côté primaire et casseur de têtes, la fausse camaraderie de ces sous-doués de la caboche qui ne vivaient que pour casser du "Rouge".
Ces images affligeantes ne découragèrent pas Riefenstahl qui eut même l'estomac d'appeler ce documentaire Sieg des Glaubens ("Victoire de la foi"). Coluche l'aurait appelé "Victoire du con germanique de base". De nos jours, une copie du film a été retrouvée en Angleterre où Riefenstahl fit un séjour en 1934 et des videos ont été tirées qu'on peut se procurer sur le Net. La diffusion en est interdite en France, Allemagne, Autriche et Italie, comme par hasard les pays qui ont sombré dans le fascisme mais le webmaster de ce site peut vous en faire parvenir une copie (payante) si vous lui écrivez à Infobs.
Sa production suivante allait faire d'elle une célébrité mondiale : Triumph des Willens ("Triomphe de la volonté") tourné à l'occasion du rassemblement nazi de Nuremberg en 1934 va devenir le meilleur film de propagande de tous les temps ce qu'une fois encore la cinéaste contestera, préférant parler de documentaire.
Ce qui me rappelle les journalistes vendus à leurs informateurs qui regardent de haut les attachés de presse.
En réalité, ce film montre trop que la belle Leni était davantage qu'une simple observatrice derrière la camera et elle en fera dès 1935 l'involontaire aveu dans un livre intitulé "Hinter den Kulissen des Reichsparteitag-Films" écrit par un nègre (sans allusions ou mauvais jeu de mot) dans lequel elle prétend qu'elle contribua à mettre sur pied le rassemblement dans la mesure où cela lui permettrait de réaliser un film plus convaincant. Leni Riefenstahl avait beau s'en défendre, elle était nazie jusqu'à la moelle et elle le restera.
Les critiques les moins hostiles à Leni, tel Richard Meran Barsam, pensent que "le film est cinématographiquement époustouflant mais idéologiquement malsain." Hitler y devient une sorte de divinité tandisque le reste de l'humanité se dissout dans un moi collectif d'où l'individu disparait. D'autres, tel David Hinton, se bornent à remarquer que Leni n'a pas peint les faciès extasiés des imbéciles qui adorent la divinité Adolf. Certes mais tout de même, il y a documentaire et propagande et c'est ce que Frau Riefenstahl n'a jamais su comprendre.
Par exemple, le documentaire glorifie les Allemands qui ont le look aryen à l'exclusion des autres, pas de petits noirauds chez Frau Riefenstahl. Nein, nein, rien que de belles émotions patriotiques mises en images, en musique et en boite. En 1935, se sentant coupable de n'exalter que la SA et les SS, Leni va prostituer son talent avec la Wechmacht et tourner "Tag der Freiheit: Unsere Wehrmach" (Le jour de la liberté : nos armées). Elle va connaitre son triomphe en 1936 avec le tournage des "Jeux Olympiques" ("Olympia") de Munich pour lequel les Nazis vont lui donner carte blanche et lui faciliter le boulot de manière insolente pour les autres cinéastes présents.
Elle profita toutefois de cette licence pour faire preuve d'un peu d'indépendance, sinon de sens critique, et en dépit des hurlements de ce pied bot de Goebbels, elle accorda au noir américain Jesse Owens un métrage de pellicule bien plus important que ne le souhaitaient ses sponsors. Blancs ou noirs, Leni était fascinée par les beaux corps ce qui l'amena à épouser un homme de 40 ans son cadet qui restera à ses côtés jusqu'à la fin. Le film aurait été financé par la société LE Produktion et non pas par les Nazis comme le prétendent les mauvaises langues.
Pendant la guerre, Leni se mit pratiquement au chômage : elle commenca plusieurs films qu'elle ne termina pas et refusa de tourner de nouveaux "documentaires". Peut-être prit elle conscience de la pente dangereuse sur laquelle ses penchants l'entrainait et cela lui sauva la vie d'ailleurs à la fin de la guerre où elle n'écopa que de quatre ans de prison pour ses différentes contributions à la gloriole et la propagande nazie. En 1948, un tribunal allemand estima qu'elle n'avait pas été une "nazie active" et la même année, elle recut de l' International Olympic Committee une médaille d'or pour "Olympia."
Mais dans les années d'après-guerre, elle ne produisit plus grand chose et son "Tiefland" fut en 1954 un succès très modeste. En réalité, la Riefenstahl n'avait pas le talent d'un cinéaste mais simplement celui d'un bon cadreur exalté par le nazisme et le pouvoir que lui donna son "amitié" avec Hitler.
Après son mariage en 1968, elle se tourna vers la photographie et en 1972 fut choisie par le London Times pour couvrir les JO de Munich. Elle regagnera une sorte de célébrité avec ses photographies de tribus africaines du sud du Soudan
où elle put à loisir admirer, célébrer et photographier les corps magnifiques des hommes et des femmes de la tribu Nuba. Publié en 1973, son livre Die Nuba, lui valut de nombreuses critiques notamment d'ethnologues qui soulignèrent qu'elle ne s'intéressait pas plus à l'individu qu'en 1936 et montrait des modèles abstraits plutôt que des hommes ou des femmes. En 1976, elle publia un livre du même genre consacré au peuple de Kan.
On peut en conclusion se demander si Leni Riefenstahl avait l'étoffe dont on fait des
grands cinéastes et si sa gloire n'a pas été largement usurpée.
Lasse de ces critiques justifiées, Leni s'adonna dans les années suivantes à la plongée sous-marine et tourna de beaux films sous-marins mais hélas pour elle Cousteau avait déja hanté et raclé les fonds. En 2002, Arte programma un de ses films. Après un épisode difficile en 2002 où son passé nazi la rattrapa, elle préféra s'éloigner pour toujours en 2003 à l'âge de 101 ans, non sans avoir clamé jusqu'à la fin que son travail était une oeuvre d'art et non de propagande. On peut ne pas la croire. Ce qu'on peut surtout reprocher à Leni Riefensthal, comme à beaucoup d'Allemands, c'est de n'avoir jamais admis qu'elle avait utilisée Hitler mais que, dans le fond, elle s'était fait avoir par Hitler et sa sale petite clique de Nazis voleurs, tueurs, tricheurs et menteurs. C'est dur de réaliser qu'on a oeuvré pour un chef mafieux alors qu'on croyait exalter un demi-dieu. Faust, où êtes vous ?