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HITLER ET L'HITLERISME : |
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Le témoignage qui livre le plus de clefs sur la personnalité de Hitler est celui de son ami Kubizek avec qui il vivra à Vienne. Etudiant en musique particulièrement doué, Kubizek a pour Hitler un réel attachement et sans doute une profonde amitié. Kubi a toute la sensibilité d'un véritable artiste et son attachement à Hitler est désintéressé car Hitler a peu à offrir sinon ses interminables déclarations sur tout et n'importe quoi et sa volonté assez précoce de démiurge qui veut changer le monde, tel qu'il le découvre à Vienne en 1908-1913. Aujourd'hui, il est de bon ton de dire que la Vienne d'avant-guerre était la capitale décadente d'un empire hétérogène avec toutes ses ethnies, ses religions et ses langues, un monde bourgeois indifférent à la pauvreté de la majorité des habitants de la ville, bref une Sodome austro-hongroise... Ce qui est sûr, c'est qu'elle offrait des paysages sociologiques contrastés dont la dure diversité n'a pas manqué de frapper le jeune Adolf qui va assez rapidement se trouver sans le sou. Quand on passe en moins de 3 ans d'une aisance relative à la pauvreté, comme cela fut son cas après avoir mangé l'héritage maternel et un gros pécule laissé par une tante, la vue des choses de ce monde change radicalement. L'artiste nonchalant et sûr de lui qui se complaisait dans l'image d'un visionnaire devint en quelques mois un radical en colère que la misère choque, l'indifférence des riches révolte et la corruption parlementaire dégoûte. Le jeune Hitler accueillera la déclaration de guerre avec un enthousiasme délirant, tel qu 'on le voit içi célébrant la nouvelle avec un air joyeuxPlutôt que d'essayer de se sortir de la misère en travaillant d'arrache-pied, Adolf Hitler va tenter des associations avec des individus -chaque fois, il s'agira de Juifs- qui auraient pu lui mettre le pied à l'étrier mais chaque fois le partenariat finira dans la brouille ou mourra dans l'oeuf. Hitler se piquait d'être un artiste pur et dur qui n'aimait ni les compromissions, ni le partage, ni d'avoir à se lever le matin pour peindre. Il était aussi un paresseux, incapable d'un effort soutenu de longue haleine. En tout cas, Kubizek nous apprend que Hitler raffolait de Wagner dont il a vu dix fois "Lohengrin" et dont il connait le livret par coeur. Hitler avait en effet une prodigieuse mémoire et il s'agit sans doute là de sa plus forte qualité intellectuelle, celle qui vraisemblablement lui a fait prêter du génie par tant de personnes. A vienne, Hitler peindra des centaines d'aquarelles de ce type qu'il vendra aux touristes. Celles qui ont survécu révèlent un certain talent qui auraient pu lui permettre d'en faire un honnête gagne-pain mais Adolf avait d'autres ambitions
Frappé par le personnage de Lohengrin que ses fidèles appellent le Fuehrer, Hitler se voit assez bien au cours de ses séances wagnériennes dans la peau d'un Lohengrin moderne, un Fuehrer autrichien, qui redessine le monde et Vienne selon son coeur. Pour Kubi, il redessinera ainsi les rues de Vienne, les salles de bains de maisons à loyer modéré dont il prendra l'idée dans des revues d'architecture d'avant-garde, les transports en commun dont il dénoncera la pollution pour proposer un système "underground", une idée qui faisait son chemin depuis longtemps à Londres et à Paris. A cet égard, beaucoup ont voulu faire de Hitler un pionnier, un révolutionnaire génial bourré d'idées novatrices : la réalité est plus humble. Hitler - chez qui se développe une conscience sociale dans ses années de misère et qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main- ne fera rien d'autre que de piquer ici et là les idées modernistes qui lui plaisent. Un plagiaire, le futur Fuehrer qui lancera la Volkswagen,
Le premier prototype de la Volkswagen -TYP30- disparut à la fin de la guerre et n'a jamais été retrouvé.fera construire les premières autoroutes, lancera un programme de grands travaux pour résorber le chômage ? Sans aucun doute mais on ne peut lui enlever le mérite de les avoir mises en oeuvre lorsqu'il sera au pouvoir. C'est la marque même du fascisme que d'être une dictature qui se dit proche des besoins du peuple mais appuyée sur une technostructure élitiste et peu enclin à la négociation parlementaire et au compromis "bourgeois". Toutefois, les Allemands ne verront jamais la couleur d'une Volkswagen : les premières produites iront aux cadres du NSDAP et l'argent collecté pour les produire financera l'effort de guerre à partir de 1939...
C'est ainsi que Hitler s'appuyera à partir de 1933 sur le génie de Ferdinand Porsche pour dessiner, concevoir et réaliser la première "VW" et sur celui de l'architecte Albert Speer pour donner corps à ses projets urbains et autoroutiers.
Après son arrivée au pouvoir, Hitler commanda à l’ingénieur Ferdinand Porsche un véhicule populaire «capable de transporter un couple de parents avec 3 enfants», allant au moins à 100 km/h, ne consommant pas plus de 10 litres d’essence pour 100 km et ne coûtant pas plus de 1.000 DM. Porsche et son équipe se mirent au travail et réalisèrent trois pauvres prototypes, fabriqués à la main, recouverts d’une méchante couche de peinture cachant à peine les bosses de la carrosserie. Les essais menés tambour battant sur plus de 50.000 Km mirent en évidence la supériorité de ces véhicules par rapport à la production d’alors. Restait toutefois le problème du financement. On appliqua pour la circonstance une méthode d’épargne quasiment unique. Le travailleur allemand achetait des bons de 5 DM par semaine et, quand la somme de 1.000 DM nécessaire était atteinte, on lui livrerait la voiture. Ce système permit de collecter 180 millions de marks. Les souscripteurs toutefois ne verront jamais la couleur d’une VW, la production initiale ayant été attribuée aux cadres du parti, puis accaparée par les besoins de la guerre. Exit le socialisme hitlérien. Le nazisme a-t-il été autre chose qu'une immense duperie ? Sur cette photo, Porsche dévoile à Hitler le premier modèle de la VW décapotable.Dans ses années de galère à Vienne, Hitler -écrira Kubizek après la guerre- n'a jamais cessé de vouloir devenir quelqu'un : un grand peintre, un grand compositeur, un grand architecte.... Il ira même jusqu'à commencer l'écriture d'un opera mais Kubi lui déconseillera d'aller plus loin que le prélude. Il pensera à mettre sur pied un opera mobile pour les pauvres qui ne peuvent se payer le grand Opera de Vienne. A l'évidence, Hitler est devenu avec les années de pauvreté quelqu'un qui se sent proche du peuple, des pauvres, des masses et il souffre avec eux. Les aime-t-il vraiment ? Quelle que soit la réponse, il les comprend et partage leur sort et leurs aspirations. Cela suffit à le rendre perméable à des idées de Gauche, telles qu'elles seront développées par le maire socialiste de Vienne, Karl Lueger, qui sera un maitre à penser du jeune homme.
Hélas, Lueger est aussi un virulent anti-sémite et s'il ne semble pas que Hitler ait été atteint par le virus avant la guerre, les idées plantées dans le cerveau du caporal Hitler vont germer pendant la guerre et éclater en 1919 lors des insurrections socialistes et spartakistes notamment, qui seront dirigées par des Juifs comme Kurt Eisner and Rosa
Luxembourg. Hitler haira les Spartakistes et autres fomenteurs de troubles "sociaux-démocrates" qu'il amalgamera sous l'étiquette de "Rouges", de "traitres" ou de "profiteurs", même si les sociaux-démocrates de Erbert n'hésitèrent pas à assassiner Rosa Luxembourg sans procès. En dépit du témoignage de Kubizek qui le dépeint comme un timide aux idées assez conventionnelles, Hitler n'a jamais fait dans la nuance, même dans ses années d'adolescence.En outre, Hitler va alors les rendre responsables de la défaite sans que cette théorie ne recoive jamais quelque explication raisonnée : dans l'esprit de Hitler, les Juifs devinrent responsables de la défaite, "planqués" qu'ils étaient à l'arrière, occupés à préparer la révolution marxiste ou à spéculer sur le dos des bons allemands qui se faisaient tuer au front. Jamais Hitler n'a semblé songer que des milliers de bons Juifs allemands s'étaient battus et étaient morts au front, tuant au passage d'autres bons Juifs français, anglais, russes ou américains...Plus tard, il désignera les Juifs comme une caste internationale de comploteurs qui veut réduire le monde à sa merci en se coalisant sur le dos des "bons" nationaux. L'idée que volens nolens cette caste honnie s'était entretuée pendant la guerre par esprit patriotique ne lui est jamais venue au cerveau. C'est que, sous leur magma autodidactique, les idées de Hitler sont simples, voire simplissimes. Le futur Chancelier du Reich trouvait, comme Dostoievski, que tout serait plus charmant si "1 plus 1 faisaient trois". Ainsi, peu à peu, les idées sociales avancées de Hitler se forment dans un creuset passablement encombré de concepts empruntés, de visions personnelles, de haines cuites et recuites et d'ambitions inassouvies. Le tout est servi par un talent oratoire qui subjugue ses camarades peu éduqués du front, fait sourire les officiers supérieurs et irrite au plus haut point les vrais leaders socialistes qui savent trier le bon grain marxiste de l'ivraie hitlérienne. Ces derniers sauront tout de suite que le cabot-chef Hitler n'est qu'un sac de vent qui se gonfle. Mais le petit peuple allemand et la classe moyenne ruinée par la guerre vont mordre à l'hameçon de l'hitlérisme naissant et resteront accrochés de 1920 à 1945. Quant aux élites, intellectuelles ou d'affaires, elles auront pour lui -à quelques exceptions près- les faiblesses des puissants pour les hommes au pouvoir car tout le monde oublie que Hitler est arrivé au pouvoir légalement par la voie du scrutin universel.
Les dignitaires nazis, en rang d'onions, tels des prélats repus et serviles pendant la grand-messe hitlérienneQuand Hitler sera devenu assez puissant pour que sa logorrhée tienne lieu de programme, pour que certaines de ses visions puissent entrer en application, pour que sa vanité triomphante lui serve de guide, il sera persuadé qu'il a trouvé la martingale secrète du pouvoir, celle qui permet de réaliser tous les rêves d'enfant et d'adolescent. Il ne lui restera plus qu'à développer à outrance le parti nazi et s'appuyer sur des vassaux complaisants prêts à tout comme Hess, Goering, Heydrich, Himmler et Goebbels pour que l'Hitlérisme devienne le national-socialisme. Un progamme de rejet de l'individu et d'exaltation des masses. Une thérapie de choc dont le résultat final sera de rendre folle une nation entière et d'éliminer ceux qui refuseront la folie prescrite par des docteurs fanatisés. Incroyable illusion collective, l'Hitlérisme n'a été que l'échec des rêves un peu fous d'un adolescent immature. C'est à peine croyable qu'il ait pu faire tant de mal.
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